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Sur les lacs suisses, le kitefoil n’est pas une discipline de spécialistes : c’est souvent la seule façon de naviguer. Là où un twintip demande 15 nœuds pour tenir, un foil décolle à 8 et reste en l’air à 6. Sur un plan d’eau où la brise thermique dépasse rarement 12 nœuds, cela ne change pas votre saison à la marge — cela la double. Voici ce qui change réellement quand on passe du twintip au foil, et dans quel ordre aborder la transition.

Ce qui change, concrètement

Le premier réflexe est de croire qu’on va simplement remplacer une planche par une autre. En réalité, trois choses changent en même temps.

La puissance ne se gère plus de la même manière. En twintip, vous encaissez les rafales avec le corps et l’appui sur les carres. En foil, une rafale se traduit immédiatement par une montée. Le pilotage se fait avec les jambes, pas avec la barre : on avale la rafale en fléchissant, on ne borde pas. C’est le point qui déroute le plus les kitesurfeurs expérimentés, parce que leurs automatismes travaillent contre eux.

L’aile devient plus petite, et surtout plus stable. Un kitefoiler dans 10 nœuds utilise souvent moins de surface qu’un twintipiste dans 20. Ce qui compte, ce n’est plus la traction brute mais la capacité de l’aile à rester en l’air dans les molles sans reculer dans la fenêtre. Une aile qui se dégonfle dès que la pression tombe rend le foil injouable.

La vitesse ressentie s’effondre alors que la vitesse réelle augmente. Il n’y a plus de clapot dans les jambes, plus de bruit, plus de vibration. C’est ce silence qui fait que la plupart des gens ne reviennent pas au twintip sur les lacs.

Dans quel ordre apprendre

Le kitefoil s’apprend proprement si l’on accepte de dissocier les difficultés. La séquence qui fonctionne :

  1. Maîtriser le kite les yeux fermés d’abord. Si vous devez encore regarder votre aile pour la piloter, ce n’est pas le moment. Le foil demande toute votre attention vers le bas.
  2. Naviguer volontairement sous-toilé, planche à plat. Les premières sessions se font sans jamais chercher à voler : on remonte au vent, on descend, on s’habitue au fait que la planche pivote sur un axe placé sous les pieds.
  3. Voler bas, longtemps. Dix centimètres de vol pendant trente secondes valent mieux qu’un mètre pendant deux. L’objectif est le vol stabilisé, pas la hauteur.
  4. Le virage en dernier. Le jibe foil arrive quand le vol droit est acquis, jamais avant.

Comptez trois à cinq sessions pour un kitesurfeur confirmé, davantage si vous partez de plus bas. C’est plus rapide que le wingfoil, parce que la traction du kite reste constante pendant que vous vous concentrez sur le pied.

Quel foil pour débuter

La tentation est de prendre directement un foil de course, parce que c’est ce que l’on voit en vidéo. C’est une erreur coûteuse : un foil de compétition a une plage de vitesse haute et pardonne très peu.

Pour apprendre, cherchez l’inverse : une grande surface d’aile avant, un allongement modéré, un mât court. La grande surface fait décoller tôt et vole lentement. L’allongement modéré rend le foil docile en tangage. Un mât de 70 à 75 cm limite la hauteur de chute et facilite les redémarrages en eau peu profonde. On passe au mât long et à l’aile fine ensuite, quand le vol est stable — et à ce moment-là le changement se sent immédiatement.

Notre gamme de foils couvre les deux étapes, et l’aile avant se change sans changer tout le reste du montage : c’est précisément l’intérêt d’un système modulaire.

La sécurité, spécifique au foil

Un foil est un objet coupant. Deux règles valent d’être répétées : gardez une distance large avec les autres pratiquants — bien au-delà de ce que vous feriez en twintip, parce que votre matériel est dangereux sous l’eau et invisible — et remontez sur la planche par l’arrière, jamais par le côté où se trouve le mât. Un casque et un gilet d’aide à la flottaison sont ici l’équipement de base, pas un excès de prudence.

Sur les lacs suisses, rappelez-vous aussi que les distances réglementaires avec les bateaux et les débarcadères ne changent pas parce que vous volez : elles sont fixées par canton et restent les mêmes.

Kitefoil ou wingfoil ?

La question revient à chaque conversation en magasin. Le kitefoil remonte mieux au vent, va plus vite et fonctionne dans moins de vent. Le wingfoil se transporte en une seule fois, se met à l’eau seul depuis n’importe quelle rive et ne demande pas d’espace de décollage. Beaucoup de nos clients font les deux, avec le même foil et deux planches.

Si vous hésitez, passez nous voir : nous naviguons sur le lac de Neuchâtel dans les mêmes conditions que vous et nous préférons vous orienter vers ce qui vous fera sortir le plus souvent.

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