Le Tessin, c’est l’autre Suisse : deux grands lacs préalpins orientés nord-sud, des thermiques qui se déclenchent presque tous les jours de beau temps, et une saison qui commence plus tôt et finit plus tard que sur le Plateau. C’est aussi le canton dont la réglementation est la plus explicite du pays : au lieu de renvoyer à une carte, le Tessin nomme ses zones interdites une par une. Voici ce que dit le texte, et ce que font les vents.
Ce que le règlement tessinois interdit, noir sur blanc
Le kitesurf est traité à l’article 7 du règlement cantonal d’application de la loi sur la navigation. Les secteurs fermés y sont listés nommément :
- Lac de Lugano (Ceresio) : le golfe de Lugano entre Paradiso et Castagnola, ainsi que le lac de Ponte Tresa.
- Lac Majeur (Verbano) : le golfe de Locarno, entre l’embouchure de la Maggia et Minusio, et le golfe d’Ascona, entre la pointe San Michele et le lido.
Vous l’aurez remarqué : ce sont exactement les deux baies de carte postale. Ce n’est pas une coïncidence. Ce sont aussi celles où passent les bateaux de ligne et où se concentrent les baigneurs en été.
Trois interdictions qui valent partout sur les deux lacs
Le même article ajoute des règles générales, indépendantes des golfes cités plus haut. Le kitesurf est interdit :
- sur les routes des bateaux de ligne ;
- à moins de 150 mètres des pontons publics, des entrées de ports et des arcades du pont de Melide ;
- dans le détroit de Lavena.
Les 150 mètres tessinois sont plus permissifs que les 200 mètres neuchâtelois, mais le pont de Melide mérite une mention spéciale : c’est un goulet où le vent accélère et où tout le trafic du Ceresio se concentre. Le contourner large n’est pas seulement une obligation, c’est du bon sens.
Et le wingfoil dans tout ça ?
Le texte vise le kite surfing (en italien, tavola ad aquilone). Il ne mentionne pas le wingfoil, pour une raison simple : il a été rédigé avant que la discipline n’existe. Une aile tenue à la main, sans lignes ni fenêtre de vol, n’est littéralement pas une planche tirée par un cerf-volant, et le même flou existe dans la plupart des cantons suisses.
Nous n’allons pas trancher à la place du canton. Le réflexe raisonnable est de traiter les zones fermées au kite comme des zones à éviter en wing, de rester loin des lignes de bateaux, et d’appeler le service cantonal de la navigation si vous comptez naviguer régulièrement dans un secteur sensible. Une réponse écrite vaut mieux qu’une interprétation.
Le Verbano : la tramontana le matin, l’inverna l’après-midi
Le lac Majeur fonctionne avec deux thermiques opposés, et c’est ce qui en fait un terrain intéressant : la journée offre deux créneaux au lieu d’un.
La tramontana s’installe pendant la nuit et descend des vallées, la Maggia et la Verzasca, vers le lac. Elle est déjà établie tôt le matin et perd sa force vers la fin de matinée. C’est un vent de terre : il souffle du nord, donc offshore sur la rive tessinoise, avec tout ce que cela implique en termes de sécurité.
L’inverna prend le relais. Ce thermique remonte du sud, depuis le bas du lac côté lombard, se met en place en début d’après-midi et tient généralement jusqu’en fin d’après-midi. C’est le vent des vélistes locaux, régulier plutôt que puissant, et c’est celui sur lequel il faut caler une session.
Le Ceresio : la breva, et pas grand-chose d’autre
Le lac de Lugano est plus encaissé, plus tortueux, et son régime est plus simple : la breva, thermique de sud qui s’installe l’après-midi par temps stable, l’équivalent local de l’inverna. Sur un lac aussi découpé, le vent tourne avec les reliefs et les zones abritées sont nombreuses. Ajoutez à cela les interdictions du golfe de Lugano et de Ponte Tresa, et le Ceresio devient un lac de repli plus qu’une destination principale.
Quel matériel pour des thermiques de lac
Tramontana, inverna et breva ont un point commun : ce sont des brises thermiques, pas des dépressions. Elles sont régulières et rarement violentes. Concrètement, cela veut dire du grand volume et de la portance.
En wingfoil, c’est le terrain des front wings à fort allongement et grande surface, montés sur un mât qui ne cavite pas quand vous cherchez à tenir dans les molles. En kite, les tailles au-dessus de ce que vous prenez sur le Léman en automne. Et dans les deux cas, une planche qui pardonne au démarrage : sur une brise de lac, le décollage se joue à un ou deux nœuds près.
Si vous hésitez sur une taille de foil ou une surface d’aile pour ce type de plan d’eau, écrivez-nous : nous naviguons sur les mêmes brises à Neuchâtel et nous connaissons le comportement du matériel dans le léger.
La saison tessinoise
L’atout du Tessin n’est pas la force du vent, c’est la durée de la saison. Le sud des Alpes reste praticable au printemps et à l’automne quand le Plateau est sous le stratus, et l’eau y est plus tempérée. C’est le plan B des week-ends de mauvais temps au nord : pendant que le Léman est gris et sans air, le Verbano tourne souvent avec l’inverna.
Une dernière chose : les règles citées ici proviennent du règlement cantonal en vigueur, mais un règlement se modifie. Avant une première session dans un secteur que vous ne connaissez pas, vérifiez auprès du service de la navigation du canton du Tessin. Sur le lac de Morat, une amende de 150 francs pour kitesurf en zone fermée a été confirmée jusqu’au Tribunal fédéral après quatre ans de procédure. Les zones d’exclusion sont opposables.



